
Les bateaux et les hommes
ci-dessus : le Bel Espoir construit en 1986,
ce navire m'a appartenu jusqu'au 18 Novembre 1998
Port-En-Bessin dispose d'une
flottille de cinquante bateaux du petit fileyeur de 5 mètres
au chalutier de 25 mètres. Ces navires sont
équipés de matériel de plus en plus performant.
Cependant les pêcheurs, conscients de la fragilité de la
ressource, s'emploient à gérer le stock pour assurer la
pérennité du métier réaction tardive mais
légitime, nous verrons pourquoi.
Les premières
embarcations à rames furent remplacées par des barques
dotées de voiles, ces dernières s'aventuraient plus
loin et partaient plusieurs jours . La rentrée au port
nécessitait une certaine habileté comme on le voit sur
la photo ci-dessous. Ces bateaux débarquaient ensuite leur
pêche à la criée située sur l'épi
de l'actuel avant-port, photo suivante.

- Ce n'est qu'après
la seconde guerre mondiale que la flottille s'est dotée de
moteurs Diesel. Dès lors le rayon d'action et le potentiel
de capture a prit un essor considérable, l'activité
pêche était restée en léthargie durant
5 ans de guerre avait profité à la ressource, c'est
sûrement dès cette époque qu'il eut
été raisonnable de gérer ces captures
pléthoriques. A cause du conflit un nombre impressionnant
d'épaves parsemaient la Manche, constituant ainsi certes
des obstacles aux chaluts, mais également le repère
privilégié de certaines espèces de poisson
(Lieu jaune, Tacaud etc...).Les marins construisent donc au fil
des années des navires plus grands, mieux
équipés, l'abondance favorisait ce
redéploiement de l'activité. Personne n'envisageait
que ce stock n'était pas inépuisable, on ne parlait
pas fragilité, la logique de pêche était
quantitative. On a donc construit plus de bateaux,
aménagé des structures portuaires coûteuses et
puis, un jour, les premiers signes de défaillance de la
ressource apparurent. Pour se donner bonne conscience, on a mis en
place des observatoires comme l'I.S.T.P.M devenu aujourd'hui
IFREMER, organismes aux objectifs certainement louables mais peu
entendus. Les charges d'exploitation augmentaient et la ressource
s'amenuisait toujours. C'est alors que, sous la pression de la
politique européenne commune, l'État mis en place un
processus de destruction de navires de pêche. Il fallait
limiter l'effort de pêche donc diminuer le nombre de
navires. Plusieurs dizaines de bateaux, les plus anciens, furent
détruis. L'État avait poussé les
pêcheurs à construire des navires de plus en plus
puissants en les arrosant copieusement de subventions pour ensuite
leur faire démolir là aussi à coup de
subventions!?...N'aurait-il pas été plus logique de
construire des chalutiers moins grands, avec des puissances
motrice moins importantes et d'assurer un équilibre dans le
rapport nombre d'unités/puissance? Des embarcations faisant
partie du patrimoine national des chalutiers certes
vétustes ont été détruits pour
réduire le nombre de kilowatts. Il faudrait que nos
technocrates nous expliquent leur méthode de calcul: casser
un navire de 25 mètres de 400cv et, en parallèle,
mettre en chantier des chalutiers de 20 mètres
équipés de 600cv? Après les chocs
pétroliers successifs, la concurrence déloyale
générée par le flux croissant de
l'importation à bas prix, seules deux solutions peuvent
permettre la continuité de la vocation du port: la
valorisation du produit par sa traçabilité d'une
part et la pêche sélective d'autre part, c'est
jouable. Autrefois regardé avec méfiance IFREMER est
devenu un observatoire important qui ausculte la mer en permanence
grâce à des moyens sophistiqués et bien
inconscients seraient les marins pêcheurs de passer outre
les conclusions et les mises en garde de cet institut. Pour avoir
été moi-même patron-pêcheur, je suis
convaincu de l'utilité de ces guetteurs de stock. Tout
n'est donc pas perdu si l'on sait rester vigilant.
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